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Never Let Me Go, de Kazuo Ishiguro

mercredi 13 février 2008

Traduction française : Auprès de moi toujours

Contrairement à ce que son nom laisserait à penser, Kazuo Ishiguro n'est pas japonais, mais britannique d'origine nippone. Le monsieur écrit donc directement en anglais, pour mon plus grand plaisir. D'autant que le titre français est particulièrement laid et détourne le sens original, ce qui pourrait laisser présager le pire concernant la traduction.

J'avais déjà beaucoup entendu parler de ses Never Let Me Go et The Remains of The Day, mais ce n'est que maintenant que je me suis décidé à sauter le pas. Mon choix, s'est posé sur Never Let Me Go pour son petit élément de science fiction (ou plutôt d'anticipation), mais il s'agit bien d'un roman de littérature générale dont je vous parle aujourd'hui.

"Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes. Kazuo Ishiguro traite de sujets qui nous touchent de près aujourd'hui : la perte de l'innocence, l'importance de la mémoire, ce qu'une personne est prête à donner, la valeur qu'elle accorde à autrui, la marque qu'elle pourra laisser. Ce roman vertigineux, porté par la grâce, raconte une histoire d'humanité, de conscience et d'amour dans l'Angleterre contemporaine. Ce chef-d'œuvre d'anticipation est appelé à devenir le classique de nos vies fragiles."

Bon, l'auteur du résumé s'enflamme un peu sur la fin, mais comme son résumé est l'un des meilleur que j'ai jamais lu (juste sur tout les points, sans pourtant rien dévoiler), je lui pardonne. Et je n'ai rien à ajouter.

La seule chose que j'aurais à vous conseiller, c'est de ne rien lire de plus sur ce roman, ni résumé, ni analyse. Ce serait tuer son terrible plaisir.

"When I watched you dancing that day, I saw something else. I saw a new world coming rapidly. More scientific, efficient, yes. More cures for the old sicknesses. Very good. But a harsh, cruel world. And I saw a little girl, her eyes tightly closed, holding to her breast the old kind world, one that she knew in her heart could not remain, and she was holding it and pleading, never to let her go. That is what I saw. It wasn't really you, what you were doing. I know that. But I saw you and it broke my heart. And I've never forgotten."

The Traitor, de Michael Cisco

mardi 22 janvier 2008

Pas de traduction française.

The Traitor (2007) est un court roman de fantasy horrifique de l'auteur américain Michael Cisco, très atypique dans ses thèmes et son scénario.

Le narrateur fait partit d'une confrérie de spirit-eater : il dispose d'une capacité génétique et même magique qui lui permet de "recycler" les âmes des morts en les absorbant dans une cavité de son cerveau pour en débarrasser le monde des vivants, et éviter que leur trop grand nombre fasse apparaitre folies et maladies.

Lors d'une mission, il rencontre un soul-burner, un spirit-eater renégat qui absorbe les âmes des morts mais aussi des vivants, les tuants instantanément, pour accroitre sa puissance spirituel...au détriment de son corps en déliquescence.

Leur rencontre semblait écrite, mais elle ne se déroulera pas du tout comme on pourrait l'imaginer... (d'où le titre)


The Traitor est un livre d'ambiance et d'idées. En 150 pages, il n'y a pas de place pour la création d'univers, et le monde dans lequel évolue les personnages est donc constamment laissé dans le flou : il n'a pas réellement d'importance dans ce livre. L'axe principal pendant la majeure partie du roman est la relation d'amour-haine, de vénération-répulsion entre les personnages de Nophtha (le narrateur) et Wite (le soul-burner), des personnages fascinants dans leur intensité et leur déchéance volontaire et sans retour.

L'ambiance et les personnages sont donc très noirs et sans concessions, ce qui change des poncifs du genre. D'un autre côté, je ne peux pas dire que je l'ai vraiment apprécié, tant le sujet et son traitement sont dépressifs.

Le style est assez intéressant mais peu accessible : La narration est à la première personne, par le point de vue d'un Nophtha entre la vie et la mort, ce qui entraine beaucoup de particularité de styles (phrases répétées plusieurs fois, passage d'un sujet à un autre sans logique apparente, contradictions, paragraphes obscurs suivis de descriptions très précises, etc...)

Ce principe du narrateur non-fiable, et les personnages à la psychologie déroutante de Cisco me rappellent beaucoup l'oeuvre de Gene Wolfe, notamment The Book of The New Sun. Les lecteurs de l'un aimeront certainement l'autre.

A la différence des livres de Wolfe, je me suis plusieurs fois demandé au cours de ma lecture de The Traitor, si la répétitivité et les maladresses du style étaient entièrement choisies par l'auteur. En tout cas, j'ai trouvé que ces traits étaient souvent trop appuyés, rendant la lecture vraiment pénible. Si le roman avait été plus long, je n'aurais certainement pas pu le finir.

Telle quelle, c'est une oeuvre que je n'ai pas vraiment aimé en terme de divertissement, mais que j'ai trouvé très intéressante en ce qui concerne la psychologie des personnages et ses techniques narratives, et qui pourra certainement tenter les écrivains en herbe.

The Other Wind, d'Ursula K. Le Guin

lundi 19 novembre 2007

Traduction française : Le vent d'ailleurs.

The Other Wind est le sixième volume et la conclusion de la saga Earthsea (Terremer) entamée plusieurs décennies plus tôt.

J'avais été très déçu du recueil de nouvelles (Tales From Earthsea) qui le précédait chronologiquement, et si The Other Wind remonte d'un cran le niveau, ce n'est pas suffisant pour faire oublier le déclin d'un cycle qui restera parmi mes favoris en Fantasy, tout en laissant un goût amer : la petite Ursula aurait pu faire bien mieux.

Si The Other Wind est globalement du même niveau que Tehanu, que j'avais apprécié, il perd de son impact par un découpage hasardeux en plusieurs parties bien distinctes (presque des novellas), ce qui casse le rythme et empêche d'obtenir un final plus "épique". Certes, ce n'était probablement pas l'intention de l'auteur de produire un roman d'action, mais plutôt de méditer sur son univers et de livrer quelques réponses à des questions restées jusque là en suspens. Ceci dit, j'ai tout de même du mal à comprendre pourquoi Le Guin n'essaye pas de proposer un crescendo vers une conclusion qui ferait figure de réel aboutissement pour la série.

Globalement, le gros problème des trois derniers volumes vient du fait qu'ils ont à chaque fois été pensés indépendamment, alors qu'ils auraient largement gagnés à faire parti d'un arc d'histoires interconnectées, comme l'étaient les trois volumes originels.

Un autre problème est l'absence de personnage central au récit, qui permettrait de nous donner un repère dans l'univers, et une vrai continuité dans l'histoire. J'ai beaucoup aimé l'effacement progressif de Ged à partir de Tehanu. C'est extrêmement rare de voir un auteur capable de lâcher son personnage fétiche lorsque celui-ci à terminé son rôle. Mais, j'aurai aimé que Tenar ou Tehanu reprenne le flambeau, et ce n'est jamais vraiment arrivé, l'auteur semblant tiraillée entre ses principaux personnages. The Other Wind a le mérite d'explorer un peu plus la psychologie de Tehanu et (surtout) de Lebanen, qui en avait bien besoin. Mais c'est bien peu et je reste sur ma faim.

Malgré ces critiques, j'estime que les quatre premiers volumes de cette série en font une incontournable du genre Fantasy. De part son ambiance particulière tout d'abord, et également grâce au talent de conteuse d'Ursula Le Guin, qui nous propose un cycle de Fantasy plus profond et plus ambitieux dans sa réflexion que la quasi totalité de ses concurrents. Dommage que la fin soit un peu un gâchis.

The Portrait of Mrs Charbuque, de Jeffrey Ford

mardi 13 novembre 2007

Traduction française : Le Portrait de Mrs Charbuque.

Jeffrey Ford est un de ces rares auteurs capables d'écrire dans tous les genres littéraires et aussi de les mélanger avec succès. Quelque soit le sujet choisit, il semble incapable d'écrire un mauvais livre. Alors quand il décide de nous raconter l'histoire d'un peintre de 1893, Piambo, engagé par une femme mystérieuse pour réaliser son portrait (avec l'interdiction absolue de voir son visage)...je me dis que oui, après tout, pourquoi pas.

Je ne vais pas m'étendre sur le fait que ce livre soit une réussite, mais plutôt sur la façon dont l'auteur parvient à nous intéresser avec un postulat qui rappelle tout de même un peu Le Portrait de Dorian Grey (Oscar Wilde est d'ailleurs cité en clin d'oeil dans le livre, aux côtés d'autres personnalitées de l'époque).

Il y a en fait trois fils conducteurs dans le livre : l'enquête de Piambo pour réaliser le portrait et découvrir qui est réellement son commanditaire ; l'auto-biographie de Mrs Charbuque, dont le passé et l'évolution sont particulièrement intéressants ; le mystère autour d'une maladie infectieuse effrayante qui semble se répandre dans New York sans origine apparente.

Evidemment, les trois fils narratifs sont étroitement liés, et c'est réellement leur association qui donne tout son intérêt à ce roman.

Comme dans The Girl in The Glass, Ford se base sur un contexte historique et y ajoute une histoire policière matinée de fantastique. Et comme dans The Girl in The Glass, la toile tissée se dénoue finalement de manière un peu facile, pas totalement satisfaisante. L'auteur laisse tout de même le doute sur l'interprétation fantastique ou rationnelle de l'histoire, ce qui me plait assez.

Ce n'est probablement pas le meilleur Jeffrey Ford, mais c'est clairement un bon représentant des oeuvres multigenres.

Neverwhere, de Neil Gaiman

vendredi 9 novembre 2007

Traduction française : Neverwhere.

"Une rue de Londres, un soir comme un autre. La jeune fille gît devant lui sur le trottoir, face contre terre, l'épaule ensanglantée. Richard la prend dans ses bras, elle est d'une légèreté surprenante. Et quand elle le supplie de ne pas l'emmener à l'hôpital, il a le sentiment de ne plus être maître de sa volonté. Dès le lendemain, elle disparaît et, pour Richard, tout dérape : sa fiancée le quitte, on ne le connaît plus au bureau, certains, même, ne le voient plus... Le monde à l'envers, en quelques sorte. Car il semblerait que Londres ait un envers, la "ville d'En Bas", cité souterraine où vit un peuple d'une autre époque, invisible aux yeux du commun des mortels. Un peuple organisé, hiérarchisé, et à la tête duquel les rats jouent un rôle prépondérant. Plus rien ne le retenant "là haut", Richard rejoint les profondeurs. Fable fantastique ou roman de fantasy contemporain, Neverwhere est inclassable, surprenant, original. Plein d'idées, de rebondissements, de clins d'oeil référentiels et de personnages iconoclastes."

Neil Gaiman est un de ces auteurs dont les fans se trouvent à la fois chez les fanatiques de SFFF et chez les amateurs de littérature classique. Il est particulièrement doué pour créer des récits fantastiques basés sur notre monde, sans que la transition entre réel et irréel ne choque le lecteur.

Neverwhere est une de ses oeuvres les plus connues et appréciées. C'est un très bon roman de fantasy/fantastique, avec des personnages attachants (que ce soit Door, le déroutant Marquis, ou surtout le duo de tueurs à gage aussi drôle que terrifiant), des dialogues bien sentis, et une trame qui reste finalement secondaire, une excuse pour nous faire découvrir les richesses du Londres d'En bas.

En fait, Neverwhere pêche surtout par une structure trop proche de son modèle (série TV) qui cause un manque de liant entre les scènes (beaucoup d'ellipses pas forcément judicieuses), et aurait gagné à être nettement plus long, pour exploiter tout le potentiel promis par son univers très intéressant, et l'imagination débordante de Gaiman.

On ne fait finalement que passer dans ce Londres parallèle, et je reste un peu sur ma faim en pensant aux nombreuses aventures que Gaiman aurait pu partager avec nous.

Qui sait, peut-être y retournerons-nous un jour ?