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Flashback, de Dan Simmons

jeudi 31 mai 2012

Traduction française : Flashback (Robert Laffont)

"En 2035, l'Amérique a beaucoup changé. Le Monde aussi. Nick Bottom, un ancien policier de Denver, à peu près ruiné, et qui vit d’allocations sociales, comme la plupart des Américains, est engagé par le multimilliardaire japonais Hiroshi Nakamura pour reprendre l’enquête sur l’assassinat de son fils Keigo et de la compagne de celui-ci, survenu six ans plus tôt. Nick a enquêté à l’époque sur cette affaire mais depuis la mort de sa femme, Dara, dans un accident de voiture, il a quitté la police parce qu’il est devenu accro au flashback, une drogue illégale. Le flashback permet de revivre des souvenirs parfaits. Toute l’Amérique s’adonne au flashback : c’est pour les plus jeunes le moyen de revivre leurs pires turpitudes et pour les plus vieux celui de retourner dans le monde idéal d’autrefois.
Car l’Amérique, en faillite financière, politique et morale, s’est désintégrée. Le Nouveau Mexique a été envahi par les hispaniques de la reconquista et la Californie risque de l’être. Plusieurs États ont proclamé leur indépendance.
Par ailleurs, la Chine a éclaté en Royaumes Combattants et des troupes américaines mercenaires y mènent des guerres de pacification sans espoir pour le compte du Japon néo-féodal. Israël a été détruit par onze bombes thermonucléaires et les quelques dizaines de milliers de survivants, accueillis par les États-Unis, ont été parqués dans des camps. Et surtout le Califat Global étend son emprise totalitaire sur l’ensemble de la planète…" (Editeur)



L'univers dans lequel se déroule l'action de Flashback est un futur proche (2035) dans lequel toutes les peurs profondes de l’Amérique conservatrice se sont concrétisées : terrorisme rampant, islam radical lancé à la conquête du monde, mise en minorité de la "race blanche" par les latinos dans la sun belt, immigration clandestine incontrôlée, faillite de l’État providence sous le poids de programmes sociaux démesurés, perte d'influence géopolitique du pays, et enfin démembrement des États-Unis et asservissement de ses citoyens aux intérêts asiatiques et à la drogue. Dans ce contexte, qui apparait comme un assemblage de clichés, on suit les aventures de Nick Bottom, flic drogué au Flashback, Val, son fils délinquant, et Léonard, le beau-père de Nick et professeur d'université émérite.

Le contexte géopolitique, tel que présenté ici, ressemble beaucoup à ceux que l'on peut trouver dans certains livres de jeu de rôles futuristes, mais les jeux de rôles ont en général des univers plus poussées, et avec moins de clichés que dans ce dernier Simmons. Car avec les informations présentées ici, vous savez déjà tout : Simmons ne cherche à aucun moment à développer les motivations, rapports de forces, enjeux, ou tout autre élément qui pourrait donner une certaine épaisseur et crédibilité à son propos :

La Chine s'est désagrégée, puis divisée entre multiples seigneurs de guerre en combat constant ? Soit. Pourquoi ? Comment ? On n'en saura pas plus.

L’Union Européenne à ouvert ses portes à l'immigration venue du Moyen-Orient, et a été absorbée dans le "bloc" islamiste ? Soit. Le sujet ne sera jamais développé.

Les États-Unis, criblés de dettes, ont subitement et simplement décidés d'abandonner leur souveraineté et de devenir les laquais de l'ONU et d'un Japon devenu subitement la première puissance politique de la planète ? Cela semble peu probable (on ne parle pas de la Grèce, mais d'une superpuissance militaire), et pourtant Simmons ne cherchera jamais à donner la moindre explication à peu près vraisemblable pour expliquer ces évènements.

Un travail de recherche de base a été effectué sur l'économie, mais limité à une régurgitation des théories anti-keynésiennes (et simplifiées de manière consternante en "les programmes sociaux entraînent inévitablement la décadence d'une société"). Au delà de cette "recherche" de base, Simmons ne présente aucune réflexion sur la géopolitique ou sur l'économie. Il ne s'y essaie même pas, se contentant de s'en servir comme toile de fond pour colorer son récit.

Or si le scénario dans son ensemble est intéressant et tiens la route (hormis la fin qui me parait on ne peut plus improbable, et le sous-texte pathétique), les clichés et autres simplifications ne s'arrêtent pas à l'univers, puisqu'on voit apparaitre beaucoup des lieux communs du cyperbunk et du policier hardboiled, avec notamment pour personnage principal un ancien flic brillant dont la femme est morte, et qui s'est réfugié dans la drogue pour en définitive se faire éjecter de la police... Le démarrage est par ailleurs des plus poussif, et la scène de dialogue d'introduction entre Nick et son nouvel employeur japonais atteint des sommets dans l'insipide.

A noter que, le Japon disposant d'une place importante dans cette histoire, Simmons à fait le choix d'en utiliser la langue d'une manière complètement débridée (des dizaines de phrases et de termes japonais sont utilisés dans le livre) et surtout catastrophique, puisque de nombreuses erreurs sont à déplorer : syntaxe, orthographe, grammaire, tout y passe, même des fautes de frappe comme l'ami Daichi Omura qui devient Daichu Omura, page 441. Seul point positif : l'utilisation judicieuse de "seppuku" plutôt que "harakiri", sans quoi j'aurais prescrit l'éventrement.

Que conclure après ça, si ce n'est qu'il s'agit pour moi d'une œuvre à fort potentiel, écrite avec nonchalance et une grande paresse intellectuelle par un auteur très talentueux, qui a limité ses recherches au minimum syndical pour sortir le plus rapidement possible un livre qui lui permette de cracher sa frustration sur les choix politiques qui sont opérés dans son pays, le tout sous couvert d'une fiction pas désagréable à lire, mais très en deçà de ce que son auteur est capable de produire.

D'autres avis :
* Guillaume "Traqueur Stellaire"
* Gromovar "Quoi de neuf sur ma pile ?"

The Sad Tale of the Brothers Grossbart, de Jesse Bullington

mercredi 7 avril 2010

Traduction française prévue (Bibliothèque Interdite).

Nous sommes en Europe, au XIVème siècle. Alors que la peste noire finie de dévaster villes et campagnes, les frères Grossbart se moquent bien de la misère qui sévit autour d'eux. Spécialisés dans le pillage de tombes, les deux frères font leur richesse sur le dos des innocents. Convaincus d'être le bras armé de la Vierge Marie, ils décident de partir dans un périple pour s'approprier les richesses des "hérétiques" d'orients...mais trouveront bien des obstacles sur leur chemin.

Bullington soutiens avoir écrit ce livre (son premier roman) en réaction à la manie (plus ou moins) récente de "glamouriser" les voleurs, mercenaires, et autres sombres personnages dans les romans de Fantasy (on pense à Locke Lamora évidemment, ou à du Abercrombie, etc...) On n'a pas de mal à le croire, au vue tant de la forme que du fond de ce "conte" (à la Grimm), dont le contenu de violence et d'immoralité est rarement atteint dans le genre.

Un des points forts de ce roman tiens dans la personnalité des frères Grossbart, des antihéros assez intéressants : très bons combattants, car particulièrement vicieux et sans morale, ils se cachent derrière une interprétation toute personnelle de la religion (leur "Sainte Patronne" est, ironiquement, la Vierge Marie) pour s'accorder l'absolution après leur crimes les plus abjectes (la fiction en rejoindrais presque la réalité).

L'environnement est également très intéressant, car mis en valeur par de nombreux petits détails bien ancrés dans la réalité historique de l'époque (l'auteur semble assez érudit sur cette période).

Le style de l'auteur ne gâche rien, bien au contraire : l'intérêt de cette lecture, malheureusement pas toujours bien rythmé ni passionnante dans ses rebondissements, tiens bien souvent à l'écriture très particulière du récit. C'est particulièrement visible dans les dialogues, de l'anglais oral bien gras, notamment entre les frères, qui ne manquent pas de repartie.

Le principal problème, à mon sens, viens du développement de l'intrigue, qui souffre de n'être généralement qu'une succession de scènes épisodiques. L'intérêt n'évolue jamais vraiment au delà de sa situation initiale (la "scène d'introduction" est certes particulièrement percutante) et s'effiloche au fur et à mesure de rencontres souvent sans queue ni tête.

L'élément fantastique (que je ne révèlerai pas, pour ne pas gâcher la lecture) est peut-être finalement l'élément déclencheur de cette perte d'intérêt, car ridicule et mal utilisé. C'est très dommage, et à ce compte j'aurais préféré une fiction historique pure, avec des deus ex machina plus censés.

Je résumerai en disant qu'il s'agit pour moi d'un coup dans l'eau, mais d'un auteur qui aurait raison de persévérer : si je n'ai pas adhéré à ses choix de narration, il a toute les qualités techniques requises pour nous sortir prochainement de la très bonne fiction.

Finch, de Jeff Vandermeer

dimanche 28 février 2010

Pas de traduction française.

Dans Finch, les mystérieux champigniens ont reconquis la cité torturée d'Ambergris, et l'ont placé sous le contrôle de leur police secrète : les Partiels, sortes d'hybrides mi-humains mi-champigniens. La maison Hoegbotton a été démantelée, et les habitants se massent autour de champignons géants hallucinogènes, délivrant la seule drogue capable de leur faire supporter leur quotidien.

Les camps de travaux forcés marchent à plein, en vue de la construction de deux tours inquiétantes...

Évoluant dans ce contexte trouble, le détective John Finch, qui vit avec son chat et son lézard domestiqués, est placé sur une affaire de double meurtre par ses employeurs champigniens. Il est encore bien loin de s'imaginer que cette enquête va l'amener à lever un des plus grands mystères de l'histoire d'Ambergris...


Dernier roman de JVM, Finch vient clore, du moins officiellement, le cycle de textes décrivant la cité imaginaire d'Ambergris. Prenant place quelques années après les évènements décrits dans Shriek : An Afterword, Finch suit le parcours du personnage éponyme, détective hard-boiled dans une Ambergris dont les côtés sombres sont à nouveaux à l'honneur (et à l'horreur).

Car les champigniens sont de retours, et ils ne sont pas du tout content.

C'est fou ce qu'il est fort. Dans cette cité, Vandermeer est capable de tout : humour absurde pratchettien, chronique historique et de vie (CoSaM), fresque retraçant l'histoire d'une famille et un conflit à l'échelle d'une ville (Shriek), et enfin thriller horrifique basé sur les mêmes éléments absurdes (et ridicules) que les précédents ouvrages. Et il arrive malgré tout à produire un thriller haletant, qui laisse souvent un goût de...moisissure dans la bouche.

Comme toujours, le style est irréprochable. Si Finch, qui se place chronologiquement en dernier dans le cycle d'Ambergris, est peut-être le plus "classique" des romans de JVM sur la forme (structure et narration linéaire), cela ne lui enlève rien de ses qualités littéraire et de divertissement.

Comme ces prédécesseurs, Finch joue avec les références et les auto-références. L'Albumuth Boulevard, la Manzikert Avenue, le Voss Bender Memorial, et même les fameux calamars d'eau douce :) sont autant d'éléments iconique de cette ville qui sont ici distillés au fil de l'enquête menée par son personnage principal. L'histoire d'Ambergris est fortement mise en valeur : certains des principaux ressorts scénaristiques sont basés sur des éléments des annexes de La Cité des Saints et des Fous (on en apprends plus sur les "voisins" d'Ambergris comme Stockton ou le Kalif), et Shriek occupe une place centrale dans l'intrigue de fond du roman.

Pour ces raisons, et même si il peut tout à fait être apprécié indépendamment, Finch gagne énormément à être lu après CoSaM et Shriek pour prendre tout son intérêt.


Finch est peut-être le moins impressionnant des trois livres d'Ambergris. Il n'en reste pas moins le meilleur livre que j'ai lu depuis le début de l'année, et un premier challenger pour le titre de meilleure lecture de l'année 2010.

A Madness of Angels, de Kate Griffin

dimanche 27 décembre 2009


Pas de traduction française.

Deux ans après son décès brutal, Matthew Swift se réveille dans son lit, dans la capitale britannique. La dernière fois qu'il fut à l'affiche parmi la communauté des sorciers londoniens, il était pourtant tout ce qu'il y a de plus mort. Désorienté, et dénué de ses anciennes relations dans le Londres magique, Matthew Swift n'a maintenant plus qu'une seule idée en tête : se venger de son mystérieux agresseur. Il ne lui reste plus qu'à se mettre d'accord avec les êtres étranges qui ont élus domicile dans son corps...


Il y a près de six mois, Salvek nous faisait découvrir A Madness of Angels, premier roman "adulte" de Kate Griffin. Une petite recherche informait alors que cette dernière avait déjà sévi au rayon jeunesse sous le nom de Catherine Webb.

Les quelques avis trouvés ça et là sur le web anglophone semblaient confirmer un avis globalement très positif, et je m'empressais de dénicher le dit ouvrage dans une des librairies anglophone de la capitale.

Et puis rien. Comme un autre "précieux" objet bien connu des lecteurs de Fantasy, AMoA disparaissait sous une pile, attendant son heure près d'une demie année...

Nul besoin pour vous de patienter aussi longtemps que moi (du moins, si vous êtes anglophones). Parfois comparé (comme beaucoup d'autres) au fameux Neverwhere de Gaiman, AMoA n'a pas à rougir de la comparaison. Pour tout dire, il dépasse même parfois l'oeuvre du maitre...

Laissez moi tout d'abord vous donner une information : Kate Griffin a 23 ans. Et ce qui est très très fort, c'est que ça ne se voit pas. Techniquement, la demoiselle enterre l'essentiel de ses collègues en littérature de l'Imaginaire. Quand au fond, il fait preuve de suffisamment d'épaisseur pour faire de AMoA un page-turner très efficace.

Le principal point fort de ce roman tiens avant tout à son evironnement : Griffin est une Londoner, et parvient a joliment retranscrire l'atmosphère particulière de la capitale britannique (car ce roman parle, avant tout, de Londres). La mythologie Londonienne et son imaginaire collectif sont intégrés à la fois en toile de fond et comme éléments majeurs de l'intrigue.

Le scénario reste somme toute très classique : personnage principal partiellement amnésique; mentor tout puissant passé du côté obscur, dont les lieutenants sont des semi-boss interposés à intervalles réguliers; créature ténébreuse qui poursuit inlassablement sa proie, etc...
Il est malgré tout très accrocheur, et profite de l'enthousiasme et des dialogues witty composés par l'auteur.

Mon bémol, si il y en a un, concernerait la profondeur somme toute limité de ce roman, et de l'aspect un peu trop linéaire du récit. L'histoire est agréable à suivre, et l'ambiance de cette ville imaginaire colle joliment au Londres réel, mais cela s'arrête là. Pas de grands questionnements, et pas de tristesse de quitter cet imaginaire, même si certaines questions sont laissées en suspens (pour une probable suite dans le même univers).

Il s'agit quoi qu'il en soit un très bon roman, d'une auteur particulièrement prometteuse, et je ne peux que le conseiller aux amateurs de fantasy urbaine, ou tout simplement de bons romans.

Ма́стер и Маргари́та

jeudi 30 juillet 2009

Traduction française : Le Maitre et Marguerite


Vous connaissez ces livres dont vous entendez parler depuis des lustres, qui traînent dans la bibliothèque de vos parents puis dans la vôtre, qui sont sensés être des classiques incontournables, mais que vous n’avez toujours pas lus ? Non ? Eh bien tant pis pour vous.

En tout cas, Le Maître et Marguerite est longtemps resté dans cette catégorie pour moi, pour la simple et bonne raison que je n’arrivais pas à me faire une idée de ce que j’allais lire en attaquant ce roman. Il est possible que je ne parvienne pas forcément à clarifier les choses pour vous au travers de cette critique. En tout cas dès que j’ai compris qu’il s’agissait du diable débarquant à Moscou, je me suis empressé d’attaquer cette lecture !

Il est d’abord important de poser quelques éléments de contexte pour mieux comprendre cette œuvre. Mikhaïl Boulgakov est un auteur russe (d’origine Ukrainienne) du début du siècle. Auteur de théâtre et de romans, il a été en conflit permanent avec la censure de la Russie Stalinienne. Il commença à écrire Le Maître et Marguerite en 1928, et mourut en 1940 avant d’en avoir achevé la 4è version. Sa femme termina le roman grâce aux notes de son mari. Une première version censurée (12% du texte en moins) parût au début des années 60, mais la version complète de parût qu’à la fin des années 60. Ce roman est aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure du 20è siècle, même si son auteur n’a jamais réellement percé de son vivant. Il est semble évident que Boulgakov a introduit le fantastique et la magie afin de critiquer le système de manière détournée. Il est d’ailleurs intéressant de voir (dans certaines éditions) les passages qui étaient auparavant censurés…leur caractère licencieux n’est pas forcément évident pour un lecteur contemporain…

Le roman est constitué de deux trames parallèles : une se situe dans le Moscou des années 30. Satan s’y manifeste sous l’apparence d’un magicien étranger, Woland, venu en représentation à Moscou, accompagné d’une joyeuse troupe de démons provocateurs. Ce petit groupe décide de semer la pagaille à Moscou, s’attaquant principalement à l’élite littéraire et à la Nomenklatura, mettant chacun face à ses contradictions, sa petitesse d’esprit, ses vilénies. C’est dans cette partie qu’apparaît le personnage du maître, auteur aigri qui a rejeté le monde entier (y compris sa bien-aimée Marguerite) et a terminé dans un hôpital psychiatrique. Plus tard dans cette même trame, on suivra les aventures de Marguerite apprentie sorcière qui accompagne Woland et sa troupe dans une sorte de Bal des Monstres ou Satan est l’hôte.

L’autre trame, racontée à une tierce personne par Woland se situe au 1er siècle à Jérusalem, au moment de la condamnation et de l’exécution de Jésus. Cette partie est centrée sur le personnage de Ponce Pilate, procurateur de Judée et représentant de Rome.

Tout ceci n’est pas très clair ? C’est normal, l’histoire est relativement alambiquée, donc n’allez pas blâmer votre serviteur pour son manque de clarté. Il est très difficile pour moi de donner une opinion d’ensemble sur ce roman, car si je dois citer son principal (et quasi-seul) défaut, c’est son manque de cohérence d’ensemble, de liant. J’y reviendrai plus tard, regardons d’abord les différentes parties du roman :

A mon sens, les péripéties de Woland et de sa troupe constituent l’élément le plus intéressant du livre. La description du Moscou des années 30 est très vivante : les personnages sont hauts en couleur (ou en noirceur), l’hypocrisie de l’intelligentsia de l’époque est très finement abordée. Les acolytes de Woland usent de tours de magie et d’ironie pour acculer des notables engoncés dans leurs certitudes et les mettre face à l’absurdité de leurs comportements. On se régale à chaque dialogue et chaque mauvais tours joué, et le style de Boulgakov, (assez typique des grands auteurs russes - prose primesautière, chaotique, pleine d’ironie) n’enlève rien. Boulgakov met ici tout le monde dos à dos, tout le monde en prend pour son grade, et utiliser la magie rend les choses encore plus distrayantes. La critique implicite de la société est à la fois fine et amusante, et le fait de donner un rôle attachant à Satan et à ses démons permet de flouter les notions de bien et de mal. Bref, durant toute cette partie du livre, qui est la plus longue, on se marre vraiment tout en apprenant…de la vraie culture pour tous…

La partie concernant Ponce Pilate est clairement se déroule sur un rythme plus lent et plus dramatique, mais reste très intéressante. Elle montre la souffrance intérieure de Pilate du fait de sa fascination pour Jésus, qu’il est obligé de condamner. J’ai été plus intéressé par la profondeur des tribulations de Pilate que par la réflexion sous-jacente sur la morale que je vous laisserai interpréter par vous-mêmes si vous lisez le livre. En effet, je suis toujours impressionné quand des écrivains arrivent à mettre en scène des personnages historiques célèbres, les humanisent tout en conservant leur dimension mythique. Les références et symboles sont nombreux, mais je crains que la plupart ne m’aient échappé…certains disent même que Pilate est une référence à Staline…

L’histoire du Maître et de Marguerite me laisse plus perplexe. S’il est vrai que les personnage ont une certaine épaisseur, on a du mal à s’attacher réellement à leur histoire, sachant qu’il sont censés être le liant du roman. L’amour du Maître et de Marguerite est beau, réaliste, immuable, vécu à la fois comme un miracle et une malédiction, mais on se demande parfois ce qu’il vient faire la. Les scènes où Marguerite joue à la sorcière sont merveilleusement bien écrites et certains auteurs de Fantasy pourraient en prendre de la graine. Mais la manière dont tout cela s’articule n’est pas claire. Les diverses analyses faites sur ce roman voient plus une cohérence sur le fond (une remise en question des notions de bien et de mal) que sur l’histoire, mais je trouve que cela n’est pas suffisant.

Loin de moi l’idée de vous décourager de lire ce roman, au contraire, je tenais seulement à vous prévenir car il est relativement surprenant dans sa structure. Au final il s’agit d’un livre très intéressant (que ce soit sur les considérations morales ou sur la critique de l’époque), extrêmement bien écrit, très souvent drôle, et où la magie sert la satyre politique et sociale à merveille. C’est un livre qu’il faut avoir lu, ne serait-ce que parce qu’il n’en existe aucun autre de semblable, et pour pouvoir se faire une opinion…

Juste pour vous tenter un peu plus, de nombreux écrivains et musiciens se sont inspirés de ce roman : les Rolling Stones dans Sympathy for the Devil, Rushdie dans les Versets Sataniques, Franz Ferdinand dans Love & Destroy, et j’en oublie…

Auteur de cette chronique : Michael

Imajica, de Clive Barker

dimanche 21 juin 2009





Pour discuter d'Imajica et écrire une chronique en bonne et due forme, Pluthero Quexos serait certainement meilleur que moi. Après tout, il est l'un des plus célèbres dramaturges du Deuxième Empire. Mais il n'est qu'une ombre, un figurant à l'arrière de la scène, un nom exotique jeté au début de ce billet pour attirer votre attention. Laissons-le à son art et plongeons au cœur du spectacle.

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Charlie Estabrook a l'âme en peine. Judith l'a quitté, le blessant dans son orgueil. Un seul baume apaisera sa douleur : la mort de son ex. Le meurtre n'étant pas sa tasse de thé, Charlie fait appel à l'inquiétant Pie'oh'pah, assassin et prostitué. Celui-ci échoue dans sa basse besogne. La faute à Gentle, l'ancien rival de Charlie, le précédent amant de Judith.

Le plus étrange, c'est que Pie'oh'pah connaît Gentle. Pourtant celui-ci ne semble pas le reconnaître. Pie abandonne alors sa tâche et entraine Gentle à travers l'In Ovo, le vide entre les mondes, puis dans les Quatre Empires Réconciliés, territoires infinis aux multiples merveilles et horreurs où Gentle sera confronté à son passé oublié.

Tandis que Gentle parcourt l'Imajica, Judith devient la maîtresse d'Oscar Godolphin, membre d'une société secrète, la Tabula Rasa, dont le but est d'empêcher par tous les moyens la "réconciliation" de la Terre avec les autres Empires.

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Imajica est un roman (malgré ses deux épais volumes, il s'agit bel et bien d'un seul roman, déjà coupé pour la version originale) à la croisée des genres. Il commence comme un thriller fantastique avant de basculer dans la fantasy. Clive Barker poursuit la voie tracée avec Le royaume des devins et qu'Abarat, sa tétralogie pour la jeunesse, prolonge aujourd'hui. Il mêle le merveilleux à l'horreur et donne à la fantasy urbaine un de ses livres les plus sombres.

Avec l'Imajica, Clive Barker prend l'univers pour scène et la remplit de personnages fouillés et pittoresques. Nous sommes loin des nouvelles intimistes des livres de sang. Imajica est un voyage en pays inconnu, un roman épique pour un périple à nul autre pareil (comme d'habitude avec Barker, l'érotisme pas vraiment soft n'est jamais loin, évitez d'offrir Imajica à votre petit neveu à moins de vouloir l'initier à la sexualité inter-espèce).

Imajica est paru à une époque où les sites et blogs littéraires ne fleurissaient pas aussi facilement qu'aujourd"hui. Il est donc rarement chroniqué et c'est réellement dommage. Imajica est un chef-d'œuvre méconnu épuisé chez ses différents éditeurs francophones (respectivement Rivages, Pocket et Fleuve noir, l'édition Rivages est à éviter, il manque une très intéressante préface de l'auteur). On ne peut qu'espérer une réédition, pourquoi pas en seul volume, comme ce fut le cas outre-Manche. Si vous ne lisez pas en anglais, vous le trouverez donc difficilement mais si vous réussissez, vous vous embarquerez dans un voyage étrange et fascinant.

Concluons par une curiosité. Pour les collectionneurs patentés, le livre a donné naissance à un jeu de cartes. En anglais, bien entendu.

Auteur de cette chronique : Christopher

The Good Fairies of New York, de Martin Millar

samedi 30 mai 2009

Traduction française : Les petites fées de New York

The Good Fairies of New York, ou comment deux fées écossaises, kleptomanes, poivrotes et têtes brulées, se retrouvent propulsées au milieu d'un New York infesté de créatures étranges (et surtout, d'humains !). Avec un choc des cultures, et une quasi guerre-civile à la clé.

Il y a longtemps que je n'avais pas lu de fantasy urbaine de bonne qualité. Bien trop souvent, ce genre prends exemple sur son pendant médiéval, et nous offre une soupe fade, cent fois réchauffée. Point de tout cela dans ce roman, ou l'opposition entre le côté fantastique entièrement assumé d'un côté (les fairies et leurs artefacts), et un côté plus pragmatique de l'autre (ex : les "préoccupations" de Dennis, et la maladie de Kerry), traités sur un ton humoristique, voire parodique, donne un mélange rafraichissant qui aurait bien pu être issue de la plume d'un duo Gaiman / Pratchett après un verre de trop. Pas la pire des comparaisons.

Les chapitres nombreux et très courts associés à une narration nerveuse, sont un argument de plus qui donne envie de tourner les pages frénétiquement. Si je devais regretter une chose concernant cette approche, ce serait les transitions entre les scènes, qui ne sont souvent pas marquées par un chapitre, ni même un saut de ligne. On ne se rends pas toujours compte immédiatement que l'on est passé d'un groupe de personnage à un autre, d'une scène à la suivante.

En partie pour ça, et aussi du fait du grand nombre d'évènements qui s'enchaînent en un temps (et un nombre de pages) assez réduit, c'est un livre qui gagne à mon avis à être lu rapidement. Laissez-le trainer quelques jours, et pas sûr que vous puissiez facilement vous remémorer tous les détails de l'intrigue (surtout si, comme nos deux héroïnes Heather et Morag, vous avez un penchant pour la boisson).

Car comme cela semble être une habitude chez Millar (voir la chronique de Lonely Werewolf Girl), il n'y a pas vraiment ici une intrigue, mais des intrigues, composées de fils et de personnages qui s'entremêlent et se rencontrent. Cela donne au roman une ambiance très vivante, mais peut perdre un peu le lecteur pas suffisamment attentif.

D'autant que l'auteur favorise l'action et les dialogues plutôt que les descriptions, qu'elles soient de lieux ou de personnages. Ces derniers sont d'avantage définis par ce qu'ils font, que par ce qu'ils sont.

C'est quoi qu'il en soit un point de vue peu commun sur la nature des fairies, et si comme moi, vous connaissez peu de fantasy urbaine de qualité, il est difficile de laisser passer The Good Fairies of New York.

Lonely Werewolf Girl, de Martin Millar

dimanche 24 mai 2009

Pas de traduction française.

Comme son titre le suggère astucieusement, Lonely Werewolf Girl est une histoire de loups-garous. Mais il ne s'agit ni des monstres sanguinaires qui se sont perpétués depuis les légendes traditionnelles jusqu'à Buffy the Vampire Slayer, ni des nobles lycanthropes en harmonie avec la nature sauvage à la sauce White Wolf, ni d'un mélange des deux tendances. Les loups-garous de ce roman de Martin Millar (où ils constituent la majorité des personnages) sont avant tout des individus. Leur nature inhumaine fait bien entendu partie de ce qu'ils sont, mais elle est très fréquemment éclipsée par des éléments de leur personnalité et des manières de s'adapter au monde moderne qui sont au contraire très humains.


La "lonely werewolf girl" s'appelle Kalix. C'est l'archétype de l'adolescente perturbée : impulsive, asociale, angoissée, violente, à peu près illettrée, anorexique sous forme humaine et boulimique sous forme lycanthrope, elle se taillade régulièrement la chair, dort n'importe où, ne se lave pas, se drogue au laudanum et est obsédée par le souvenir du petit ami avec lequel elle a couché à l'âge de quatorze ans. Kalix est aussi la fille du chef de clan des loups-garous d'Écosse. Elle hait son père et l'a grièvement blessé au cours d'une dispute, ce qui a fait d'elle une fugitive pourchassée.


Kalix est ce qui se rapproche le plus d'un personnage central, mais il serait très exagéré de dire que l'histoire tourne essentiellement autour d'elle. Il y a en tout une bonne douzaine de personnages qui pourraient être qualifiés de principaux et qui ont chacun leurs désirs, leurs projets et leurs relations avec les autres : Daniel et Moonglow, deux humains qui rencontrent la jeune loup-garou par hasard ; Sarapen et Markus, les deux frères de Kalix, qui vont se disputer sauvagement la succession de leur père ; Thrix l'Enchanteresse, soeur de Kalix, qui souhaiterait que toute sa famille la laisse exercer son métier de styliste en paix ; la Reine du Feu Malveria, principale cliente de la précédente, qui désire une garde-robe à faire blêmir de jalousie les autres souveraines de dimensions surnaturelles ; Verasa, mère de Kalix, qui est prête à tout pour que ce soit son fils Markus qui devienne chef de clan ; et encore bien d'autres.


De même, le scénario n'est pas centré autour d'un axe unique et clairement défini : il se compose de nombreux fils, qui se croisent et se mélangent constamment. Martin Millar les orchestre avec beaucoup d'adresse et les pimente de nombreuses surprises. Le roman est divisé en pas moins de 236 chapitres - aucun d'eux ne faisant plus de quelques pages - et bondit avec aisance d'un élément de l'histoire à un autre. Le rythme est vif, le style laconique et il n'y a vraiment aucun moment où on puisse juger que les choses traînent en longueur. Il y a de fréquentes touches d'humour dans l'histoire, ce qui ne l'empêche pas d'être sérieuse et parfois sombre.


Lonely Werewolf Girl est un roman inhabituel par son refus de l'unité classique, une lecture très plaisante grâce à sa fraîcheur et sa vivacité et une histoire intéressante par son originalité et ses personnages très bien développés. Il n'est pas traduit actuellement mais le sera peut-être à l'avenir : la version française d'une oeuvre précédente de Martin Millar, The Good Fairies of New York, vient tout juste de paraître, dix-sept ans après sa publication d'origine.

Auteur de cette chronique : Outremer

Lectures d'Octobre

samedi 1 novembre 2008
Octobre : mois des questions existentielles, des feuilles mortes et des pigeons suicidaires. (...) C'est donc un post un peu similaire à celui du mois dernier que je vous propose, puisque je vais vous parler brièvement de pas moins de quatre livres. Mes principales lectures d'Octobre.


Riddle-Master, de Patricia McKillip


J'avais longtemps repoussé la lecture de cette trilogie, ayant entendu qu'il s'agissait de la meilleure oeuvre de son auteur. J'avais peur qu'après l'avoir lu, le reste de ses romans me paraissent un peu fades.

Riddle Master est une trilogie de fantasy assez atypique. Certes, l'histoire prends place dans un monde imaginaire pseudo-médiéval tout à fait similaire à ceux que l'on peut trouver dans les autres oeuvres de McKillip (et finalement pas bien différent de ce qui se fait chez d'autres auteurs). Les personnages principaux : magiciens, rois et princesses plus ou moins en détresse, ne tranche pas non plus très nettement avec les canons du genre.

C'est là que les spécificités de l'imaginaire de McKillip entrent en jeu. McKillip a pour moi deux grands points forts, indissociables : son écriture extrêmement riche et évocatrice, et son style narratif qu'on pourrait qualifier de poétique.

Riddle-Master a les défauts et les qualités habituels à son auteur. La forme est excellente, tandis que le fond n'est pas forcément la priorité. Si The Riddle-Master of Hed (1) reste relativement linéaire et simple à suivre, dans Heir of Sea and Fire (2), j'ai longtemps cherché où elle voulait nous emmener, avant de me rendre compte que je ne trouverai pas de réponse avant le prochain volume. Dans Harpist in the Wind (3), les évènements s'accélèrent très nettement, tout en prenant un angle davantage introspectif.

C'est finalement une petite déception, tout en restant une oeuvre assez particulière. On pourrait éventuellement la rapprocher de Earthsea, par son traitement intelligent de la magie, mais je n'y ai pas trouvé la profondeur de réfléxion qui caractèrise les oeuvres de Le Guin.


The Alchemy of Stone, de Ekaterina Sedia


The Alchemy of Stone est le troisième roman de Ekaterina Sedia. J'avais apprécié son précédent The Secret History of Moscow, et celui-ci est tout aussi agréable. Il a pour particularité de prendre pour cadre un monde (ou plutôt : une ville) entièrement fantasy, plutôt que notre bon vieux monde réel. Contrairement à The Secret History of Moscow, qui laissait la part belle aux personnages secondaires, la narration tourne ici uniquement autour de Mattie, une automate intelligente qui fait figure d'héroïne malgré elle.

Dans une ville en pleine (r)évolution industrielle, les deux organisations les plus influentes : la guilde des Mécaniciens et celle des Alchimistes se déchirent pour son contrôle. Les choix de Mattie, automate humanoïde créée par un notable de la guilde des Mécaniciens, pourraient bien changer l'équilibre des forces. D'autant que les mystérieuses gargouilles, créatrices originelles de la cité, semblent lui vouer un intérêt très particulier...


Carrion Comfort, de Dan Simmons


Après Hyperion, qui m'avait globalement ennuyé, et Terreur, qui fut ma meilleur lecture de septembre, j'avais envie d'explorer un peu plus la biliographie de cet auteur. Carrion Comfort (L'échiquier du mal) est l'heureux élu.

En bref : plus passionnant qu'Hyperion, moins irréprochable que Terreur. C'est dans l'absolu un bon thriller horrifique, avec une variation sur le mythe du vampire plutôt intéressante. La première moitié défile très vite, l'auteur ne laissant aucun temps mort. La seconde partie de ce roman d'un millier de page est forcément plus poussive, cédant de temps en temps à la tentation du remplissage. Carrion Comfort est somme toute un très bon divertissement (bien noir tout de même).


La Glace et la Nuit : Nigredo, de Léa Silhol


Pour terminer, et en attendant que je trouve le temps d'écrire un article plus détaillé : ma meilleur lecture d'Octobre. Cette "suite" de La Sève et le Givre, qui raconte toujours les destins liés du couple Angharad-Finstern et de la Faerie, m'a beaucoup impressionné. J'ai particulièrement apprécié le soin apporté aux dialogues. L'écriture de l'auteur est toujours un plaisir, et les mystères du Vertigen se dévoilent petit à petit. Nul doute qu'Albedo devrait placer la barre encore un peu plus haut.


Et ce sera tout pour mes lectures d'octobre. Bienvenue en novembre :)

Lectures de Septembre

samedi 27 septembre 2008
Septembre : mois de la fatigue, de la maladie et de la flemme. C'est donc un post un peu différent que je vous propose, puisque je vais vous parler en une seule fois de pas moins de quatre livres. Mes principales lectures de Septembre.


Un artiste du monde flottant, de Kazuo Ishiguro.
Voilà un court roman d'environ 200 pages pour lequel j'avais beaucoup d'espoirs. Après avoir lu son oeuvre la plus connue (Les vestiges du jour) et celle que je considère comme sa meilleure (Auprès de moi toujours) Ishiguro disposait pour moi d'un très bon capital confiance. Cette fois-ci, c'est une vrai déception.

Dans l'absolu, Un artiste du monde flottant est un bon roman, qui capture l'essence d'une époque (juste après la seconde guerre mondiale, dans un Japon occupé et partagé entre regret de la défaite et volonté d'aller de l'avant) avec une joli plume très subtile. Mais le style très particulier d'Ishiguro (fait de digressions et de retours en arrière constants) et ses techniques narratives qui faisaient généralement sa force finissent ici par me lasser. C'est peut-être dû à l'ordre dans lequel j'ai lu ses livres, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit encore capable de se réinventer. Dans Un artiste du monde flottant bien trop de choses sont ainsi prévisibles, voir évidentes, dès les premières pages. C'est bien dommage.

Si vous n'avez jamais lu de livre de cet auteur, et que le thème vous intéresse, alors ce livre a toutes les chances de vous plaire. Si vous avez déjà lu plusieurs livres d'Ishiguro, attention à l'indigestion.



Bone, de Jeff Smith
Je parle rarement des comics ou "romans graphiques" mais c'est davantage par méconnaissance que par manque de qualité à l'intérieur de ce médium. Bone, comics fantasy de Jeff Smith, en est une preuve assez convaincante. On suit les aventures de trois cousins "Bones" parachutés dans une vallée peuplée de créatures toutes plus étranges les unes que les autres (rats géants, dragons, et surtout...humains). L'ambiance très colorée et humoristique des débuts devient progressivement plus sombre au fil des chapitres, tandis que les Bones découvrent quelle est réellement leur place dans les évènements qui se trament dans les montagnes.

Pour avoir lu plusieurs critiques anglophones décrivant Bone comme un chef d'oeuvre, je me dois de nuancer un peu ces avis : ce n'est pas du tout le cas. C'est simplement un très bon (et très long : + de 1300 pages) divertissement, qui propose un peu de tout, pour tout le monde. C'est un peu Le Seigneur des Anneaux, sans l'immense richesse de son univers (et en conséquence, bien plus facile à lire). Une lecture conseillée.



Trois Ombres, de Cyril Pedrosa
Un autre "roman graphique", dans un style tout à fait différent. Tout ce dont vous avez besoin de savoir sur l'histoire de Trois Ombres est résumé en trois lignes sur la quatrième de couverture :


"Joachim et ses parents vivaient heureux au creux des collines.
Puis les ombres apparurent et rien ne fut plus comme avant.
Une sourde menace s'était immiscée : il fallait fuir ou se soumettre"


Trois phrases assez étonnantes, puisqu'elles sont correctes tout en envoyant le lecteur sur différentes pistes qui n'ont strictement rien à voir avec le contenu de ce livre. Pas de petit garçon perdant ses parents en bas age et cherchant à se venger. Pas de voyage en solitaire. Pas même d'ennemis, en réalité, si ce ne sont la fatalité et les démons intérieurs qui nous accompagnent tous. Pour le reste, mieux vaut que vous en sachiez le moins possible.

Une excellente surprise, servie par un dessin très particulier qui apporte une jolie ambiance et accompagne parfaitement son sujet.



Yama Loka Terminus, de Léo Henry et Jacques Mucchielli
Probablement ma lecture du mois, si je devais un choisir une (en excluant The Terror). Les premières pages de cette oeuvre sous-titrée "Dernières nouvelles de Yirminadingrad" annoncent tout de suite la couleur : glauque.

Centré autour de la ville pas si fictive de Yirminadingrad (une grande ville industrielle russo-caucasienne-???, mais qui n'est finalement qu'un reflet de n'importe quelle métropole mondiale), Yama Loka Terminus est un recueil de nouvelles globalement assez sombres. C'est même davantage un recueil de vies, de morceaux d'existences qui s'entrecroisent, et permettent de dresser un portrait du monde qui les entoure et les oppresse.

C'est aussi un bel exercice de style, avec un effort constant pour adapter le style de chaque texte à son sujet, généralement avec succès.

Yirminadingrad se tient sans rougir aux côtés d'autres villes fictives emblématiques (Ambergris, New Crobuzon, ...), et bien qu'il soit difficile de prédire si les "dernières nouvelles" présentées ici seront effectivement les dernières, je suivrai dorénavant ce duo d'auteurs avec toute l'attention qu'ils méritent.

A noter que la municipalité de Yirminadingrad à décider d'ouvrir un site et un forum de discussion, pour accompagner la sortie du livre. :p


Voilà pour ce mois de septembre, et à bientôt pour de nouvelles aventures :)

Pride of Carthage, de David Anthony Durham

samedi 16 février 2008

Pas de traduction française.

Pride of Carthage est un roman de fiction historique. Je sais, ce blog n'est censé parler que de littératures de l'imaginaire, mais comme Durham est également un auteur de Fantasy (avec Acacia), je me permet de déroger à la règle.

D'autant que Pride of Carthage est un roman qui mérite plus la lecture que 90% de ce qui est publié en Fantasy, ce qui aide aussi pas mal. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un récit romancé de la vie d'Hannibal, général carthaginois, au travers de son principal fait d'armes : son incroyable épopée à travers l'Espagne, la Gaule, les Alpes et l'Italie, pour permettre à Carthage de défier la puissance de Rome.

Pour raconter son histoire, Durham nous fait entrer dans la tête d'Hannibal, mais pas seulement, même si celui-ci reste le point de vue principal du récit. On suit également les évènements par les yeux de sa famille, des consuls romains ou de soldats misérables qui ne comprennent pas toujours ce qu'ils font dans ces conflits interminables et meurtriers.

Première satisfaction : la prose est de qualité, presque un régal quand on sort d'un régime à base de John Marco ou de R.E. Feist. Ceci dit, ce style serait bien accessoire sans un scénario travaillé (bien aidé évidemment par son socle historique légèrement romancé) et des personnages aux personnalités crédibles. Que ce soit pour les personnages principaux, ou les figurants, Durham ne s'est pas loupé sur sa caractérisation, et parvient à nous plonger dans les mentalités de l'époque, à la fois familières et étranges (pensez à la série TV Rome).

Les scènes de bataille ou de siège, qui forment une part importante du récit, sont très bien décrites, avec un soin particulier pour expliquer les différentes tactiques utilisées par les généraux carthaginois et les consuls romains pour venir à bout de leurs ennemis. Avec la traversée des Alpes par Hannibal et ses troupes, particulièrement bien évoquée, Durham réussi à évoquer en 20 pages toute l'horreur de la marche d'une armée désespérée dans des conditions apocalyptiques, se permettant de reléguer au passage l'incroyablement surcôté Deadhouse Gates de Steven Erikson à sa seule place méritée : hors de ma vue.

Si Pride of Carthage n'est pas le roman de l'année, il n'en reste pas moins une fiction historique de très bonne qualité, susceptible également de plaire aux lecteurs de Fantasy et particulièrement aux amateurs de Guy Gavriel Kay ou de George R.R. Martin.

Never Let Me Go, de Kazuo Ishiguro

mercredi 13 février 2008

Traduction française : Auprès de moi toujours

Contrairement à ce que son nom laisserait à penser, Kazuo Ishiguro n'est pas japonais, mais britannique d'origine nippone. Le monsieur écrit donc directement en anglais, pour mon plus grand plaisir. D'autant que le titre français est particulièrement laid et détourne le sens original, ce qui pourrait laisser présager le pire concernant la traduction.

J'avais déjà beaucoup entendu parler de ses Never Let Me Go et The Remains of The Day, mais ce n'est que maintenant que je me suis décidé à sauter le pas. Mon choix, s'est posé sur Never Let Me Go pour son petit élément de science fiction (ou plutôt d'anticipation), mais il s'agit bien d'un roman de littérature générale dont je vous parle aujourd'hui.

"Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes. Kazuo Ishiguro traite de sujets qui nous touchent de près aujourd'hui : la perte de l'innocence, l'importance de la mémoire, ce qu'une personne est prête à donner, la valeur qu'elle accorde à autrui, la marque qu'elle pourra laisser. Ce roman vertigineux, porté par la grâce, raconte une histoire d'humanité, de conscience et d'amour dans l'Angleterre contemporaine. Ce chef-d'œuvre d'anticipation est appelé à devenir le classique de nos vies fragiles."

Bon, l'auteur du résumé s'enflamme un peu sur la fin, mais comme son résumé est l'un des meilleur que j'ai jamais lu (juste sur tout les points, sans pourtant rien dévoiler), je lui pardonne. Et je n'ai rien à ajouter.

La seule chose que j'aurais à vous conseiller, c'est de ne rien lire de plus sur ce roman, ni résumé, ni analyse. Ce serait tuer son terrible plaisir.

"When I watched you dancing that day, I saw something else. I saw a new world coming rapidly. More scientific, efficient, yes. More cures for the old sicknesses. Very good. But a harsh, cruel world. And I saw a little girl, her eyes tightly closed, holding to her breast the old kind world, one that she knew in her heart could not remain, and she was holding it and pleading, never to let her go. That is what I saw. It wasn't really you, what you were doing. I know that. But I saw you and it broke my heart. And I've never forgotten."

The Traitor, de Michael Cisco

mardi 22 janvier 2008

Pas de traduction française.

The Traitor (2007) est un court roman de fantasy horrifique de l'auteur américain Michael Cisco, très atypique dans ses thèmes et son scénario.

Le narrateur fait partit d'une confrérie de spirit-eater : il dispose d'une capacité génétique et même magique qui lui permet de "recycler" les âmes des morts en les absorbant dans une cavité de son cerveau pour en débarrasser le monde des vivants, et éviter que leur trop grand nombre fasse apparaitre folies et maladies.

Lors d'une mission, il rencontre un soul-burner, un spirit-eater renégat qui absorbe les âmes des morts mais aussi des vivants, les tuants instantanément, pour accroitre sa puissance spirituel...au détriment de son corps en déliquescence.

Leur rencontre semblait écrite, mais elle ne se déroulera pas du tout comme on pourrait l'imaginer... (d'où le titre)


The Traitor est un livre d'ambiance et d'idées. En 150 pages, il n'y a pas de place pour la création d'univers, et le monde dans lequel évolue les personnages est donc constamment laissé dans le flou : il n'a pas réellement d'importance dans ce livre. L'axe principal pendant la majeure partie du roman est la relation d'amour-haine, de vénération-répulsion entre les personnages de Nophtha (le narrateur) et Wite (le soul-burner), des personnages fascinants dans leur intensité et leur déchéance volontaire et sans retour.

L'ambiance et les personnages sont donc très noirs et sans concessions, ce qui change des poncifs du genre. D'un autre côté, je ne peux pas dire que je l'ai vraiment apprécié, tant le sujet et son traitement sont dépressifs.

Le style est assez intéressant mais peu accessible : La narration est à la première personne, par le point de vue d'un Nophtha entre la vie et la mort, ce qui entraine beaucoup de particularité de styles (phrases répétées plusieurs fois, passage d'un sujet à un autre sans logique apparente, contradictions, paragraphes obscurs suivis de descriptions très précises, etc...)

Ce principe du narrateur non-fiable, et les personnages à la psychologie déroutante de Cisco me rappellent beaucoup l'oeuvre de Gene Wolfe, notamment The Book of The New Sun. Les lecteurs de l'un aimeront certainement l'autre.

A la différence des livres de Wolfe, je me suis plusieurs fois demandé au cours de ma lecture de The Traitor, si la répétitivité et les maladresses du style étaient entièrement choisies par l'auteur. En tout cas, j'ai trouvé que ces traits étaient souvent trop appuyés, rendant la lecture vraiment pénible. Si le roman avait été plus long, je n'aurais certainement pas pu le finir.

Telle quelle, c'est une oeuvre que je n'ai pas vraiment aimé en terme de divertissement, mais que j'ai trouvé très intéressante en ce qui concerne la psychologie des personnages et ses techniques narratives, et qui pourra certainement tenter les écrivains en herbe.

The Other Wind, d'Ursula K. Le Guin

lundi 19 novembre 2007

Traduction française : Le vent d'ailleurs.

The Other Wind est le sixième volume et la conclusion de la saga Earthsea (Terremer) entamée plusieurs décennies plus tôt.

J'avais été très déçu du recueil de nouvelles (Tales From Earthsea) qui le précédait chronologiquement, et si The Other Wind remonte d'un cran le niveau, ce n'est pas suffisant pour faire oublier le déclin d'un cycle qui restera parmi mes favoris en Fantasy, tout en laissant un goût amer : la petite Ursula aurait pu faire bien mieux.

Si The Other Wind est globalement du même niveau que Tehanu, que j'avais apprécié, il perd de son impact par un découpage hasardeux en plusieurs parties bien distinctes (presque des novellas), ce qui casse le rythme et empêche d'obtenir un final plus "épique". Certes, ce n'était probablement pas l'intention de l'auteur de produire un roman d'action, mais plutôt de méditer sur son univers et de livrer quelques réponses à des questions restées jusque là en suspens. Ceci dit, j'ai tout de même du mal à comprendre pourquoi Le Guin n'essaye pas de proposer un crescendo vers une conclusion qui ferait figure de réel aboutissement pour la série.

Globalement, le gros problème des trois derniers volumes vient du fait qu'ils ont à chaque fois été pensés indépendamment, alors qu'ils auraient largement gagnés à faire parti d'un arc d'histoires interconnectées, comme l'étaient les trois volumes originels.

Un autre problème est l'absence de personnage central au récit, qui permettrait de nous donner un repère dans l'univers, et une vrai continuité dans l'histoire. J'ai beaucoup aimé l'effacement progressif de Ged à partir de Tehanu. C'est extrêmement rare de voir un auteur capable de lâcher son personnage fétiche lorsque celui-ci à terminé son rôle. Mais, j'aurai aimé que Tenar ou Tehanu reprenne le flambeau, et ce n'est jamais vraiment arrivé, l'auteur semblant tiraillée entre ses principaux personnages. The Other Wind a le mérite d'explorer un peu plus la psychologie de Tehanu et (surtout) de Lebanen, qui en avait bien besoin. Mais c'est bien peu et je reste sur ma faim.

Malgré ces critiques, j'estime que les quatre premiers volumes de cette série en font une incontournable du genre Fantasy. De part son ambiance particulière tout d'abord, et également grâce au talent de conteuse d'Ursula Le Guin, qui nous propose un cycle de Fantasy plus profond et plus ambitieux dans sa réflexion que la quasi totalité de ses concurrents. Dommage que la fin soit un peu un gâchis.

The Portrait of Mrs Charbuque, de Jeffrey Ford

mardi 13 novembre 2007

Traduction française : Le Portrait de Mrs Charbuque.

Jeffrey Ford est un de ces rares auteurs capables d'écrire dans tous les genres littéraires et aussi de les mélanger avec succès. Quelque soit le sujet choisit, il semble incapable d'écrire un mauvais livre. Alors quand il décide de nous raconter l'histoire d'un peintre de 1893, Piambo, engagé par une femme mystérieuse pour réaliser son portrait (avec l'interdiction absolue de voir son visage)...je me dis que oui, après tout, pourquoi pas.

Je ne vais pas m'étendre sur le fait que ce livre soit une réussite, mais plutôt sur la façon dont l'auteur parvient à nous intéresser avec un postulat qui rappelle tout de même un peu Le Portrait de Dorian Grey (Oscar Wilde est d'ailleurs cité en clin d'oeil dans le livre, aux côtés d'autres personnalitées de l'époque).

Il y a en fait trois fils conducteurs dans le livre : l'enquête de Piambo pour réaliser le portrait et découvrir qui est réellement son commanditaire ; l'auto-biographie de Mrs Charbuque, dont le passé et l'évolution sont particulièrement intéressants ; le mystère autour d'une maladie infectieuse effrayante qui semble se répandre dans New York sans origine apparente.

Evidemment, les trois fils narratifs sont étroitement liés, et c'est réellement leur association qui donne tout son intérêt à ce roman.

Comme dans The Girl in The Glass, Ford se base sur un contexte historique et y ajoute une histoire policière matinée de fantastique. Et comme dans The Girl in The Glass, la toile tissée se dénoue finalement de manière un peu facile, pas totalement satisfaisante. L'auteur laisse tout de même le doute sur l'interprétation fantastique ou rationnelle de l'histoire, ce qui me plait assez.

Ce n'est probablement pas le meilleur Jeffrey Ford, mais c'est clairement un bon représentant des oeuvres multigenres.

Neverwhere, de Neil Gaiman

vendredi 9 novembre 2007

Traduction française : Neverwhere.

"Une rue de Londres, un soir comme un autre. La jeune fille gît devant lui sur le trottoir, face contre terre, l'épaule ensanglantée. Richard la prend dans ses bras, elle est d'une légèreté surprenante. Et quand elle le supplie de ne pas l'emmener à l'hôpital, il a le sentiment de ne plus être maître de sa volonté. Dès le lendemain, elle disparaît et, pour Richard, tout dérape : sa fiancée le quitte, on ne le connaît plus au bureau, certains, même, ne le voient plus... Le monde à l'envers, en quelques sorte. Car il semblerait que Londres ait un envers, la "ville d'En Bas", cité souterraine où vit un peuple d'une autre époque, invisible aux yeux du commun des mortels. Un peuple organisé, hiérarchisé, et à la tête duquel les rats jouent un rôle prépondérant. Plus rien ne le retenant "là haut", Richard rejoint les profondeurs. Fable fantastique ou roman de fantasy contemporain, Neverwhere est inclassable, surprenant, original. Plein d'idées, de rebondissements, de clins d'oeil référentiels et de personnages iconoclastes."

Neil Gaiman est un de ces auteurs dont les fans se trouvent à la fois chez les fanatiques de SFFF et chez les amateurs de littérature classique. Il est particulièrement doué pour créer des récits fantastiques basés sur notre monde, sans que la transition entre réel et irréel ne choque le lecteur.

Neverwhere est une de ses oeuvres les plus connues et appréciées. C'est un très bon roman de fantasy/fantastique, avec des personnages attachants (que ce soit Door, le déroutant Marquis, ou surtout le duo de tueurs à gage aussi drôle que terrifiant), des dialogues bien sentis, et une trame qui reste finalement secondaire, une excuse pour nous faire découvrir les richesses du Londres d'En bas.

En fait, Neverwhere pêche surtout par une structure trop proche de son modèle (série TV) qui cause un manque de liant entre les scènes (beaucoup d'ellipses pas forcément judicieuses), et aurait gagné à être nettement plus long, pour exploiter tout le potentiel promis par son univers très intéressant, et l'imagination débordante de Gaiman.

On ne fait finalement que passer dans ce Londres parallèle, et je reste un peu sur ma faim en pensant aux nombreuses aventures que Gaiman aurait pu partager avec nous.

Qui sait, peut-être y retournerons-nous un jour ?

Tainaron. Postia toisesta kaupungista, de Leena Krohn

dimanche 7 octobre 2007

Tradution anglaise :
Tainaron. Mail from another city.


Pas de tradution française.

Tainaron est un court roman épistolaire finlandais, qui nous emmène dans la cité fictive éponyme, une ville habitée par une population insectoïde et par une flore exhubérante. Au fil de plusieurs dizaines de lettres envoyées par la protagoniste / narratrice (humaine), nous découvrons avec elle cette ville aux coutumes uniques, si étranges et logiques à la fois.

En tant que ville, Tainaron est difficile à décrire et impossible à cartographier, tant ses frontières, constructions et habitants changent perpetuellement. C'est une ville qui vie au rythme des saisons et des bouleversements biologiques qu'elles produisent chez les insectes qui la peuple.

En tant qu'oeuvre, Tainaron est un livre qui parle des cycles de la vie et de la mort, de la stabilité et du changement et de la recherche par chaque être de sa place dans le monde.

C'est une oeuvre qui me rappelle un peu La Cité des Saints et des Fous. Les deux livres ont pour personnage principal une ville, et la développe en suivant les vies de ses citoyens. Sur la forme, Tainaron est plus intimiste, présentant moins de personnages dans un style plus simple, mais très agréable à lire.

Un livre superbe, qui a pour seul défaut sa principal qualité : c'est vraiment très court, d'autant qu'il y avait matière à développer.

Note : La traduction anglaise étant vendue à un prix élevé (20-25 €) je vous conseille de commander auprès de Jeff VanderMeer (tiens donc !) qui dispose d'un petit stock vendu à moitié prix.

The People of Paper, de Salvador Plascencia

samedi 22 septembre 2007

Pas de traduction française.

The People of Paper raconte les histoires croisés d'un chicano incontinent, d'une femme en papier, d'un chirurgien d'origami, d'un luchador mexicain, d'un bébé nostradamus, de Saturne, d'un amour perdu, de tortues mécaniques et d'une petite fille accro aux citrons. C'est également les chroniques de la guerre d'un auteur contre son propre roman.

The People of Paper est un peu la terreur du critique, le genre de livres aussi difficile à résumer qu'a évaluer, qui vous fait remettre en question tout ce que vous avez lu auparavant.

Avec ce livre très ambitieux dans sa contruction narrative et par sa recherche graphique exceptionnelle, Salvador Plascencia réalise l'exploit de produire une oeuvre à la fois absurde et profonde, incroyablement travaillée, dans un langage accessible et en moins de 300 pages.

Plutôt que de rester prisonnier de son format, l'auteur en tire parti pour renforcer sa narration : plusieurs colonnes sur une page lorsque l'auteur veux offrir le point de vue de différents personnages sur une même action, mise en page au format "paysage" ou hybride lors de moments de conflits et d'incertitudes, paragraphes effacés, noms rayés, illustrations : chaque élément graphique participe à la logique narrative et encourage le lecteur à s'impliquer dans le récit, à découvrir comment cette folle histoire va bien pouvoir se terminer.

Pour un lecteur curieux cherchant un livre sortant de l'ordinaire en littérature fantastique, The People of Paper est une oeuvre à ne pas manquer.

Une de mes meilleurs lectures de l'année.

Tehanu, d'Ursula K. Le Guin

samedi 1 septembre 2007

Traduction française : Tehanu

Ce livre est le quatrième volet de la saga Earthsea / Terremer.

Publié 20 ans après la trilogie originale, Tehanu est un livre qui est très loin d'avoir fait l'unanimité, que ce soit chez les lecteurs ou chez les critiques. C'est en effet un volume assez différent des trois premiers, très contemplatif, qui laisse peu de place au rythme élevé et aux aventures que contenaient ses prédécesseurs.

Bien que ce ne soit pas le dernier volume de la saga, Tehanu avait été pensé et publié comme une conclusion. Effectivement, on a l'impression d'un gros épilogue, mais surtout d'un dialogue et d'un échange entre deux auteurs : l'Ursula Le Guin des années 70, atteignant l'apogée de sa carrière, et celle des années 90 qui a plus de recul sur son monde et le peuple qui l'habite.

Tout au long du récit, on sent une volonté de développer certains aspects laissés en suspens, notamment sur le mode de vie des magiciens (célibat imposé, fonctionnement du conseil des mages, leurs relations avec les habitants d'Earthsea). Ursula Le Guin continue également sa reflexion sur le pouvoir des petits et des grands, une constante dans ses oeuvres, avec ses 3 personnages principaux se débattant face à leur environnement hostile : Ged, autrefois le plus puissant des magiciens, doit apprendre à vivre sans ses pouvoirs, et Tenar cherche un sens à sa vie en dehors de la religion, après avoir renié sa position de plus grande prêtresse de son ordre. Mais c'est à Tehanu, petite fille violée et brulée vive, qu'incombe l'épreuve la plus difficile : devenir adulte sans avoir été une enfant.

Les rôles féminins sont particulièrement développés dans ce livre, et ce n'est pas un hasard. L'auteur avait été critiquée dans sa première trilogie pour le déséquilibre entre son traitement des personnages hommes et femmes (ex : pas de femme magicienne, un seul personnage féminin majeur) et son envie de rectifier ce point est ici évident.

Au final ce livre est pour moi une excellente surprise, qui a très peu de chances de plaire aux lecteurs de fantasy recherchant batailles et aventures, mais qui comblera ceux qui s'intéressent à la façon dont un monde fictif peut évoluer durant la carrière d'un auteur, ou ceux qui apprécient simplement les talents de conteuse et la sensibilité d'Ursula Le Guin.

Red Seas Under Red Skies, de Scott Lynch

vendredi 24 août 2007

Traduction française : Prévue (Bragelonne).

Suite au succès de The Lies of Locke Lamora, RSURS était peut-être le livre de Fantasy le plus attendu de l'année 2007 chez beaucoup de lecteurs anglophones. C'est donc avec une grande impatience que j'ai saisi la flamboyante couverture entre mes mains, pour finalement plonger dans les dialogues et descriptions saignantes de l'oeuvre de Scott Lynch.

RSURS est globalement un livre qui m'a procuré le même plaisir que son prédécesseur. Sa structure est un peu plus complexe (utilisation massive des flash-back / flash-forward dans le premier tiers du récit, un peu trop à mon goût) mais la narration est également un peu mieux maitrisé et les environnements plus diversifiés. On retrouve les mêmes dialogues witty qui parsemaient déjà TLoLL, pour mon plus grand plaisir.

"Woman, your heart is a mapless maze. Could I bottle confusion and drink it a thousand years, I could not confound myself so much as you do between waking and breakfast. You are grown so devious that serpents would applaud your passage, would the gods but give them hands".

Contrairement à ce qui a pu se dire dans certaines reviews US, Red Seas Under Red Skies ne peut PAS se lire indépendemment de TLoLL, car si le livre contient bien une histoire propre, les références fait par les personnages à leur passé sont nombreuses et sont importantes pour la compréhension des enjeux de l'intrigue.

Plus de la moitié du livre se passe en mer, et même si l'auteur avoue que ces connaissances en la matière sont assez limitées (à l'image de celles de Locke), aucun détail ou évènement ne m'a parut particulièrement incongru.

Si certaines situations, comme les diverses joutes verbales avec Requin ou l'Archon partage des similitudes avec celles du premier volume (Barsavi, The Spider, The Grey King), elles présentaient assez de nouveautées pour ne pas m'ennuyer.

"Handsome Marcus," said Drakasha. "Gods, you get uglier every time I come back. Like someone's slowly sculpting an ass out of a human face."

Finalement, mon seul regret concerne la diversité des personnages principaux, qui malgré le developpement considérable de Jean Tannen, ne sont que deux pour assurer le spectacle tout au long du livre (les personnages secondaires restant...secondaires). Je ne pense pas que Scott Lynch pourra continuer à s'appuyer uniquement sur ces deux personnages pour porter l'intrigue dans le tome 3.

Mais d'après une interview récente de Scott Lynch, il semblerait que nous ayons enfin droit à une apparition de Sabetha...

Oh, et je suis impatient de savoir comment les traducteurs de Bragelonne vont négocier le changement de patronyme d'un personnage secondaire répondant au doux nom de...Big Konar.

Oui, j'aime terminer mes articles sur ce genre de notes subtiles.